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26 septembre 2004

GONAIVES (Haïti) (AFP) - 26/09/2004 09h22 - La déforestation massive et incontrôlée en Haïti, alimentée par la pauvreté, a eu un effet aggravant lors des glissements de terrain et des inondations dans la région des Gonaïves, dans le nord-ouest du pays, où plus de deux mille habitants sont morts ou portés disparus.

« Dans un pays déboisé, la végétation ne retient pas l’eau. La couche de terre arable est emportée par les eaux. C’est particulièrement le cas en Haïti, notamment à cause de l’agriculture sur brûlis », souligne Randolf Gilbert, un expert des Nations unies.

Les montagnes qui dominent la ville portuaire des Gonaïves sont totalement pelées, la végétation y a pratiquement disparu. Les habitants de cette région défavorisée font brûler tout ce qui pousse pour en tirer du charbon de bois.

En Haïti, pays le plus pauvre du continent américain, les forêts ont en grande partie disparu, et le taux de déboisement atteint 98%, selon des scientifiques.

« Evidemment, le déboisement est un facteur aggravant, mais pas la seule cause de la catastrophe (des Gonaïves). En cas de précipitations, il provoque un apport rapide de terre dans le lit de la rivière et les débordements deviennent beaucoup plus fréquents », explique Christian Rousseau, un des sept membres du conseil des sages -organe consultatif intérimaire qui se substitue à l’assemblée nationale.

D’après lui, c’est avant tout la situation géographique des Gonaïves qui est à l’origine de l’ampleur du drame.

« La ville est le point d’aboutissement d’un bassin versant, tous les cours d’eau convergent vers les Gonaïves », souligne ce géographe de formation qui rappelle en outre que le point le plus élevé de la ville se situe à deux mètres au dessus du niveau de la mer.

Le coordinateur des opérations de la Protection civile haïtienne dans la région des Gonaïves, Benoît Pierre-Michel, estime que les torrents de boue provenant de la vallée de la rivière Quinte ont charrié des corps humains jusqu’aux Gonaïves, à un vingtaine de kilomètres en aval.

Le membre du conseil des sages ajoute que « sans alternative économique », la question de la déforestation ne pourra pas être réglée.

« La population est dans une logique de survie. Les gens sont conscients du problème, ils savent qu’il ne faut pas couper du bois, faire brûler la végétation, mais ils n’ont pas d’autre source de revenus ». Dans 70% des foyers haïtiens, on cuisine au charbon de bois, faute d’électricité.

« Aux Gonaïves, nous avons maintenant des inondations, mais dans deux mois nous aurons probablement une sécheresse », a écrit le ministre haïtien de l’Environnement André Wainwright, dans une tribune publiée par le quotidien haïtien La Nation.

Il plaide pour un vaste programme de reboisement. Pour le mener à bien, insiste le ministre, il faut trouver de nouvelles sources de revenus pour ceux qui vivent du commerce du charbon de bois.

« Notre économie est extrêmement fragile, observe-t-il, notamment en raison de la dégradation des conditions de vie dans les zones montagneuses, où les agriculteurs ne peuvent plus compter sur les revenus de leurs cultures traditionnelles pour subvenir aux besoins de leur famille ».

Une des responsables de la Banque mondiale dans les Caraïbes, Caroline Anstey, partage cette analyse et juge « urgent et fondamental de mener de front le combat contre la pauvreté et la déforestation ».

Pays exsangue, Haïti dépend de l’aide apportée par la communauté internationale et le gouvernement intérimaire actuel, au pouvoir depuis le départ de l’ancien président Jean Bertrand Aristide en mars 2004, dispose d’une marge de manœuvre économique très étroite.


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